Une évidence…



Comment affirmer une qualité de gestion d’une espèce animale alors que, dans les faits, nous ne laissons survivre quasiment aucun adulte ni vieux ?


Le livre de François Magnien (« Plaidoyer pour le sanglier », Editions Crépin-Leblond, février 2017) démontre à l’évidence, que notre façon de gérer les populations de sangliers n’est franchement pas idéale…



Respecter les règles génétiques et éthologiques de toute espèce ne peut se faire en éliminant les sujets les plus beaux et les plus sains.











Chaque classe d’âge a son rôle et chez les adultes de l’espèce Sanglier, les mâles évitent, entre autres, la consanguinité tandis que les femelles gèrent le comportement des compagnies. À l’évidence, notre façon de chasser agit sur ces deux facteurs et, par corollaire, sur les dégâts.


Mais, dans notre pays, vouloir une gestion qualitative risque de nous attirer les foudres de beaucoup de nos responsables politiques, administratifs ou autres naturalistes dont le leitmotiv est « Tirez, tirez… » (pour d’autres espèces aussi d’ailleurs !).


Imaginons qu’un territoire de la taille d’un conseil cynégétique soit prêt à tenter une expérience. Première nécessité : convaincre les différents territoires ainsi que l’Administration d’accepter un challenge. Evidemment, pas question de courir le risque que les populations ou les dégâts augmentent…


Prélever mieux


En raisonnant d’après les constats de François Magnien, nous nous engagerions à tirer tout ce qui est possible en dessous de 65 kg vif (environ 50 à 55 kg vidé). De la sorte, nous nous attaquerions aussi à la tranche de population qui produit les ¾ des marcassins : c’est-à-dire les petites laies. Par contre, ne tirons rien au-dessus de ce poids de 65 kg vif, au moins pendant quelques années. Immanquablement, un certain nombre de sangliers deviendront dès lors de vrais adultes. Les mâles adultes transmettront leur semence dans d’autres compagnies et l’on retrouvera des laies adultes capables de mener leur compagnie et de contrôler ses comportements.


Les grandes hordes de sangliers composées de plusieurs jeunes laies et d’une multitude de bêtes rousses auront tendance à disparaître. En protégeant ces laies, on favorisera la synchronisation des chaleurs, puisque la laie meneuse déclenche, avec les siennes, les chaleurs des laies de sa compagnie.


Si de plus, nous tirons le maximum de marcassins hivernaux, nous pouvons espérer voir disparaître les petites laies aux cycles décalés, favorisant le développement de sangliers de poids déficients.


De même, lors de la surveillance et prévention des dégâts dans les céréales de l’été, ne tirons pas les gros sangliers, mais les bêtes rousses. Le tir d’une bête rousse dans un champ de froment dissuadera la compagnie d’y revenir pendant plusieurs jours. Le tir d’une laie dans les mêmes circonstances fera que les marcassins erreront sur place à sa recherche et multiplieront les dégâts.


Pour mettre en place un tel schéma, il faut, évidemment, l’accord de tous. Bien expliqué, cela paraît possible. Sur une période de cinq ans au moins. Il faudrait suivre l’évolution de la population, celle des dégâts, suivre le poids des animaux tirés, bref, un « suivi rigoureux » de toute une série de paramètres à définir.


Grandir notre gestion


L’objectif est passionnant et, en plus, nécessaire.


Les méthodes de chasse actuelles ne contrôlent en rien les populations de sangliers, modifient leur comportement et même leur physiologie. Même les poids moyens diminuent au fil des années. Si nous ne changeons rien à nos méthodes, nos adversaires, agriculteurs, écolos, forestiers auront beau jeu de nous considérer comme des partenaires incapables de régler les problèmes.


Par contre, si nous démontrons la justesse du raisonnement, nous retrouverons notre rôle « écologique » de la gestion de l’espèce. Enfin, ultime récompense, nous retrouverons dans nos forêts de vieux sangliers armés – rêve du chasseur – dont il faudrait encore déterminer la façon de les prélever. Avec parcimonie !


Il reste maintenant à trouver un ensemble de territoires pilotes – quelques milliers d’hectares – prêts à se lancer avec passion dans l’aventure… J’en rêve…



§ Philippe DANTHINE, membre de la Ligue des Chasseurs

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